Je crois que le plus difficile avec la dépression, c’est d’expliquer aux autres pourquoi on va mal quand nous-mêmes, parfois, on ne le sait pas.
De l’extérieur, ma vie n’avait rien de catastrophique. J’avais des gens autour de moi, un travail, un toit. Je pouvais rire, sortir, répondre « ça va » quand on me posait la question.
Mais une fois seule, c’était différent.
Je n’avais envie de rien.
Même les choses les plus simples me demandaient une énergie énorme. Me lever, prendre une douche, répondre à un message, ranger un peu chez moi… Tout devenait une montagne.
Et je culpabilisais énormément.
Je voyais les autres vivre normalement et je me demandais pourquoi moi je n’y arrivais plus. Pourquoi j’étais fatiguée alors que je n’avais rien fait. Pourquoi certaines journées, la seule chose dont j’avais envie était de rester dans mon lit et que personne ne me parle.
Le pire, c’est que j’ai appris à faire semblant.
Je souriais. Je faisais des blagues. Je continuais ma vie comme je pouvais. Alors forcément, peu de personnes se rendaient compte de ce qui se passait vraiment dans ma tête.
Pendant longtemps, j’ai pensé qu’il fallait juste que je me bouge. Que j’étais devenue paresseuse, faible ou ingrate.
Puis j’ai fini par comprendre que je n’avais pas besoin qu’on me dise de faire un effort. J’avais besoin d’aide.
La reconstruction n’a pas été spectaculaire.
Il n’y a pas eu un matin où je me suis réveillée en me disant : « Ça y est, je suis guérie. »
Ça s’est fait avec des toutes petites choses.
Un jour, j’ai réussi à sortir prendre l’air alors que je n’en avais aucune envie. Un autre, j’ai répondu à un message que je laissais traîner depuis plusieurs jours.
J’ai surtout appris à arrêter de vouloir redevenir exactement la personne que j’étais avant.
Parce que cette période m’a changée.
Aujourd’hui encore, il y a des jours plus difficiles que d’autres. Il m’arrive d’avoir peur de retomber dans ce trou que je connais trop bien.
Mais maintenant, je sais aussi reconnaître les petites victoires.
Je sais que réussir à se lever peut parfois être une victoire. Que demander de l’aide peut être une victoire. Que recommencer à avoir envie de quelque chose peut être immense.
Je pensais que me reconstruire voulait dire effacer cette période de ma vie.
En réalité, j'apprends simplement à vivre après elle.
Doucement.
Et après avoir passé tellement de temps à ne plus ressentir grand-chose, retrouver l’envie de vivre ma propre vie est probablement la plus belle chose que j’ai récupérée.
- Amandine
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