🕊️Témoignage - Deuil

Après sa mort, j’ai continué à faire les choses normalement.

Je me levais, j’allais travailler, je faisais les courses, je répondais aux messages. Je crois que c’était ma façon de tenir. Tant que je restais occupé, je n’avais pas vraiment le temps de réaliser ce qui venait de se passer.

Les gens me disaient que j’étais fort.

En réalité, j’étais surtout complètement perdu.

Pendant plusieurs semaines, j’ai fonctionné en pilote automatique. Et puis un jour, sans raison particulière, j’ai vraiment compris qu’elle ne reviendrait pas.

C’est à ce moment-là que tout s’est effondré.

J’étais en colère contre tout. Contre la vie, contre les gens qui continuaient leur quotidien normalement, contre ceux qui me demandaient si « ça allait mieux ». Parfois, j’étais même en colère contre elle d’être partie et de m’avoir laissé avec tout ça.

Et juste après, je culpabilisais d’avoir pu penser une chose pareille.

Alors je gardais beaucoup pour moi.

Je ne voulais pas parler de ce que je ressentais. Je répondais simplement que ça allait. Je crois que je voulais surtout éviter de craquer devant quelqu’un.

Il y a eu toutes ces premières fois auxquelles personne ne te prépare. Son anniversaire. Noël. Les repas de famille. Une bonne nouvelle que j’ai eu le réflexe de vouloir lui annoncer avant de me rappeler que je ne pouvais plus l’appeler.

C’est dans ces moments-là que son absence était la plus violente.

Pendant longtemps, je n’ai pas cherché à aller mieux. Je traversais les journées comme je pouvais et c’était déjà beaucoup.

Puis, doucement, j’ai recommencé à avoir des projets.

Au début, ça me faisait presque culpabiliser. Je pouvais passer une bonne journée et, le soir, m’en vouloir d’avoir ri. Comme si être heureux à nouveau voulait dire que je commençais à l’oublier.

J’ai mis du temps à comprendre que ce n’était pas le cas.

Je pouvais continuer ma vie sans effacer la sienne.

Aujourd’hui, je fais encore des choses que j’aurais aimé lui raconter. Il y a encore des moments où je pense automatiquement à elle. Certains me font mal. D’autres me font sourire.

Je ne dirais pas que je suis passé à autre chose.

Je crois simplement que j’ai appris à avancer avec ça.

Son absence fait partie de ma vie maintenant, mais elle ne prend plus toute la place.

Et surtout, j’ai arrêté de culpabiliser lorsque je vais bien.

Parce que continuer à vivre ne veut pas dire oublier quelqu’un.

Aujourd’hui, je recommence à construire des choses, à profiter, à rire, à faire des projets.

Je ne laisse pas cette personne derrière moi.

Je l’emmène simplement avec moi, autrement.

— Antoine

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