🌱 Témoignage — Reconstruction

Au début, je ne pensais pas être victime de violence conjugale.

Il ne me frappait pas. Alors pour moi, ce n’était pas vraiment de la violence. Je me disais qu’on avait juste une relation compliquée, qu’il avait un caractère difficile, que ça finirait par s’arranger.

Mais petit à petit, j’ai commencé à changer.

Je faisais attention à ma façon de parler, de m’habiller, aux personnes à qui j’envoyais des messages. Je réfléchissais avant de dire certaines choses parce que je ne savais jamais ce qui pouvait déclencher une dispute.

Il pouvait m’insulter, me rabaisser, me faire culpabiliser pendant des heures. Puis le lendemain, il redevenait celui dont j’étais tombée amoureuse. Il pouvait être tendre, attentionné, me promettre que ça ne recommencerait plus.

Et j’y croyais.

À force, je ne savais même plus ce qui était normal ou pas. Je me demandais constamment si j’exagérais, si j’étais trop sensible, si finalement ce n’était pas moi qui provoquais tout ça.

Je me suis éloignée de certaines personnes. J’ai arrêté de faire des choses que j’aimais. J’ai perdu confiance en moi sans vraiment m’en rendre compte.

Le plus difficile, ça a été de partir.

Parce que oui, malgré tout ce qu’il m’avait fait vivre, je l’aimais encore. Et je crois que c’est quelque chose que les gens ont parfois du mal à comprendre. On peut savoir qu'une personne nous détruit et avoir quand même du mal à imaginer notre vie sans elle.

Quand je suis partie, je pensais que tout irait mieux immédiatement.

Mais la reconstruction a été beaucoup plus longue que je ne l’imaginais.

Même seule, j’avais encore peur de faire certaines choses. Je me justifiais pour rien. Je m’excusais tout le temps. Quand quelqu’un élevait un peu la voix, mon corps se crispait directement. Et surtout, je ne savais plus vraiment qui j’étais.

Alors j’ai recommencé doucement.

J’ai repris contact avec certaines personnes. J’ai recommencé à sortir. À porter ce que j’avais envie de porter. À donner mon avis sans avoir peur de la réaction de quelqu’un.

J’ai aussi appris à arrêter de me juger pour être restée aussi longtemps.

Aujourd’hui, je ne vais pas prétendre que tout est derrière moi. Il reste des blessures, des peurs et des réflexes que j’essaie encore de comprendre.

Mais je me retrouve un peu plus chaque jour.

Et maintenant, quand je regarde la personne que j’étais au moment de partir, je ne vois plus quelqu’un de faible.

Je vois quelqu’un qui a trouvé la force de partir alors qu’elle pensait ne plus en avoir.

Je ne suis peut-être pas encore complètement reconstruite.

Mais aujourd’hui, ma vie m’appartient de nouveau.

Et ça, personne ne pourra me l’enlever.

- Anonyme

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